Un titre évocateur pour une petite dédicace à une France révolutionnaire précédée des lumières, et terminée par la Terreur. Pour le folklore, il est de bon ton de se souvenir d’une révolution qui aura décapité les aristocrates… pour mettre sur orbite une nouvelle classe : la bourgeoisie. Et, comme nous le savons tous, certains bourgeois sont des mecs sympas : ils consentent à se séparer de quelques miettes de leur fortune pour la « bonne cause ». Ce sont les bien nommés philanthropes. Que dire, par exemple, d’un mécène comme François Pinault, passionné d’art contemporain, et accessoirement patron d’une des plus belles entreprises culturelles du pays, la fnac ? Merci beaucoup.
Le plus intéressant là-dedans, étant que ces personnes n’ont pas conscience du tort (ou des dommages collatéraux, si vous voulez) qu’ils font : il existe par exemple de nos jours une catégorie sociale emprunte d’humanisme, et qui grâce à ses menus revenus, contribue à virer le prolétaire des rares quartiers citadins dans lequel il évolue encore (Par le jeu de la « revalorisation » du quartier consécutive à l’arrivée de personnes financièrement plus aisée, mathématiquement suivie par la hausse des impôts locaux etc., que le prolo ne peut plus supporter. Il revendra donc sa maison pour en acquérir une, encore un peu plus éloignée du centre-ville). Je veux bien entendu parler du bobo. Or, le bobo est lui aussi sympa. Mais il ne s’aperçoit pas des dommages qu’il occasionne.
Or cette inconscience et/ou cette volonté de ne pas vouloir savoir sera rétrospectivement jugée. Et donc, nous le serons aussi, nous qui nous apprêtons à léguer aux générations futures le monde que nous connaissons. Voila pourquoi l’histoire nous portera sur l’échafaud.
Alors, bien sûr, la seule condition étant qu’il y ait une histoire. Et ce n’est pas gagné, car au rythme où nous allons, notre histoire risque de toucher à sa fin bien plus vite que les optimistes ne le croient. Mais juste avant, il se passera quelque chose de tragi-comique : Quand vos enfants, leurs enfants et les enfants de leur enfants étudieront notre période, ils risquent de demander à leurs instituteurs/professeurs, avec la naïveté qui les caractérisent, pourquoi. Mais pourquoi quoi ?
Un exemple parmi tant d’autre :
- Pourquoi nos aïeux ont-ils ruinés la planète et un environnement auquel ils appartenaient (L’idée d’appartenir à un environnement dans lequel l’homme et la nature interagissent n’a réellement été percutée que dans les années 70) ?
Et leur instituteur/professeur de leur répondre « les choses n’étaient pas aussi simple ».
Les choses ne sont, en effet, pas aussi simples. Voici quelques exemples pour illustrer cela.
Tu veux être végétarien, avec dans ta ligne de mire la traite des animaux, voire le business pléthorique de la (mal)bouffe, voire les deux : c’est tout à ton honneur. Mais lorsque tu manges une tomate lors du repas de noël, n’oublie pas que celle-ci vient de parcourir plusieurs milliers de kilomètres, qu’elle a été produite à Almeria (Sud de l’Espagne) par des travailleurs clandestins et que ses congénères sont aussi vendues en Afrique (contribuant ainsi à ruiner l’économie locale. Mais les africains n’en sont plus à ça près. Du coup, ils prennent des bateaux et des leçons de natation sur le tas, pour venir cultiver des tomates). Catastrophe écologique (consommation d’eau, transport des marchandises = pollution), catastrophe économique (agriculture subventionnée, concurrence déloyale avec le continent africain), catastrophe sociale. Et pourquoi cela ? Parce qu’il est dorénavant impossible d’avoir accès à des fruits et légumes locaux de saison, puisque les petits maraîchers etc. ont été progressivement étouffés par la concurrence des grands lobbies agro-alimentaires. Donc, à moins d’être ascète… tu n’as pas beaucoup de choix.
J’en viens à l’amateur de viande : tu es français, tu manges de la viande tous les jours (midi et soir pour le meilleur) et c’est tout à ton honneur : tu es un bon citoyen. La pensée dominante n’a pour toi aucun secret. Mais, tu ne dois pas oublier que, tu manges beaucoup de viande importée. Au cas où tu serais attaché au « made in France », ne te fais aucun soucis : chez nous, les producteurs sont subventionnés, produisent en masse de la bouffe sans saveur, qui ne pourra rester sous plastique que très peu de temps (autrement dit, voué à la poubelle), et qui, en plus de cela, vivent difficilement de leur labeur ! Passons outre les conditions de production. A ce titre, il parait que le petit concerto donné par les porcs dans les couloirs de la mort, vaut le détour.
C’en était ainsi du système d’après la seconde guerre mondiale : on produisait, on consommait, on gaspillait. On a même utilisé la femme pour cela, en lui faisant croire qu’elle serait affranchie de l’homme. Plus de machines à laver, plus de temps libre pour faire du shopping et acheter des vêtements produits en Asie, par des enfants aux doigts de fée. (Ne l’empêchant pas de se grimer au possible, pour le plus grand plaisir…des hommes).
Et c’était la magie du système : personne ne se sentait concerné. Autrement dit : tout le monde pensait qu’il ne pouvait rien faire. C’était la « faute au système ». Encore eut-il fallut se dire qu'il y avait problème quelque part. Ce qui est loin d'être sûr.
L’économie libérale – comme meilleure ambassadrice de la liberté personnelle - étant devenue l’entité régissant le monde, ne demande pas pourquoi les gens ont atteint un niveau d’imbécillité jusqu’à présent inégalé. En ce début de XXIe siècle, la perfection est à portée de main. Or, c’est l’abrutissement qui prime. Les avancées techniques et surtout technologiques ont permis de vivre dans une ère de l’information. Paradoxalement, plus l’homme reçoit d’information, plus il s’abruti. Car encore faut-il que l’information reçue soit d’un quelconque intérêt. Mais, de notre temps, les informations reçues sont surtout des publicités, lesquelles entretiennent et dynamisent une société de consommation qui, comme il a été dit précédemment, s’articule autour du triptyque Production – Consommation – Gaspillage. La dernière notion étant soigneusement camouflée par l’information quotidienne – cette fois-ci, celle des journaux TV, de la presse etc., et des programmes divertissants (qui n’ont d’autres buts que de divertir) – dispensée soit par des intérêts privés, soit par des entités publiques. Les uns et les autres ayant de toute façon intérêt à perpétuer ce système. C’est ainsi que pour la première fois de toute l’histoire, l’humanité régresse. Non pas que les siècles précédents aient connu l’intelligence suprême, mais les découvertes ont toujours contribué à faire avancer le monde.Et aujourd'hui, le monde avance. Mais il court inéxorablement à sa perte.
De nos jours, la moindre découverte s’accompagne irrémédiablement d’une dynamique : celle de savoir comment la commercialiser. Car dire, aujourd’hui, que le commerce n’est pas le seul moyen d’échange possible est en soi une hérésie. Permettre à tous un accès à l’eau potable ? Commercialisons là. Eradiquer la faim dans le monde ? Commercialisons les OGM. Guérir des maladies ? Commercialisons les médicaments, dont les revenus permettront la recherche. Bref, c’est la vieille rengaine, l’intérêt particulier au service de l’intérêt général.
Sauf que,
Ce qui est surtout général, c’est le réchauffement climatique, les tragédies environnementales, les extinctions d’espèces etc. Et c’est précisément ce que nous nous apprêtons à léguer. Or, nous ne pouvons pas dire que nous ne savons pas. C’est précisément pourquoi l’histoire nous portera sur l’échafaud.
C’est ainsi que nos enfants, leurs enfants et les enfants de leurs enfants regarderons dans le rétroviseur et se diront que nous avons appartenu à la civilisation probablement (j’espère pour eux) la plus cupide et la plus stupide qui ait été. Ils pourront ainsi rétrospectivement remercier les chantres de l’économie libérale, les décideurs politiques qui n’ont rien fait (exemple français actuel : « Grenelle de l’environnement en berne, subvention publique pour le renflouement du secteur automobile) ou qui ont fait mine de ne pouvoir rien faire, tous ceux qui auront contribué à commercialiser le bien commun, au grand damne des plus pauvres, et finalement nous-même qui nous délectons d’un système que nous avons malgré tout légitimé et que nous légitimons malgré tout chaque jour un peu plus. Et ce, alors même que la crise financière mondiale nous a montré la faillite de ce système chancelant. Car la facture de cette faillite – économique, sociale et culturelle – s’ajoutera elle aussi à tous les problèmes auxquels devront faire face les prochaines générations.
Ainsi, les futurs livres d’histoires – s’ils existent encore – verront des têtes de chapitres du genre : « comment une civilisation a ruiné le monde en à peine cinquante ans. »
Félicitons-nous en.