Jeudi 30 avril 2009 4 30 /04 /Avr /2009 19:13

   Un titre évocateur pour une petite dédicace à une France révolutionnaire précédée des lumières, et terminée par la Terreur. Pour le folklore, il est de bon ton de se souvenir d’une révolution qui aura décapité les aristocrates… pour mettre sur orbite une nouvelle classe : la bourgeoisie. Et, comme nous le savons tous, certains bourgeois sont des mecs sympas : ils consentent à se séparer de quelques miettes de leur fortune pour la « bonne cause ». Ce sont les bien nommés philanthropes. Que dire, par exemple, d’un mécène comme François Pinault, passionné d’art contemporain, et accessoirement patron d’une des plus belles entreprises culturelles du pays, la fnac ? Merci beaucoup.

Le plus intéressant là-dedans, étant que ces personnes n’ont pas conscience du tort (ou des dommages collatéraux, si vous voulez) qu’ils font : il existe par exemple de nos jours une catégorie sociale emprunte d’humanisme, et qui grâce à ses menus revenus, contribue à virer le prolétaire des rares quartiers citadins dans lequel il évolue encore (Par le jeu de la « revalorisation » du quartier consécutive à l’arrivée de personnes financièrement plus aisée, mathématiquement suivie par la hausse des impôts locaux etc., que le prolo ne peut plus supporter. Il revendra donc sa maison pour en acquérir une, encore un peu plus éloignée du centre-ville). Je veux bien entendu parler du bobo. Or, le bobo est lui aussi sympa. Mais il ne s’aperçoit pas des dommages qu’il occasionne.

Or cette inconscience et/ou cette volonté de ne pas vouloir savoir sera rétrospectivement jugée. Et donc, nous le serons aussi, nous qui nous apprêtons à léguer aux générations futures le monde que nous connaissons. Voila pourquoi l’histoire nous portera sur l’échafaud.

Alors, bien sûr, la seule condition étant qu’il y ait une histoire. Et ce n’est pas gagné, car au rythme où nous allons, notre histoire risque de toucher à sa fin bien plus vite que les optimistes ne le croient. Mais juste avant, il se passera quelque chose de tragi-comique : Quand vos enfants, leurs enfants et les enfants de leur enfants étudieront notre période, ils risquent de demander à leurs instituteurs/professeurs, avec la naïveté qui les caractérisent, pourquoi. Mais pourquoi quoi ?

Un exemple parmi tant d’autre :

- Pourquoi nos aïeux ont-ils ruinés la planète et un environnement auquel ils appartenaient (L’idée d’appartenir à un environnement dans lequel l’homme et la nature interagissent n’a réellement été percutée que dans les années 70) ?

Et leur instituteur/professeur de leur répondre « les choses n’étaient pas aussi simple ».

Les choses ne sont, en effet, pas aussi simples. Voici quelques exemples pour illustrer cela.

Tu veux être végétarien, avec dans ta ligne de mire la traite des animaux, voire le business pléthorique de la (mal)bouffe, voire les deux : c’est tout à ton honneur. Mais lorsque tu manges une tomate lors du repas de noël, n’oublie pas que celle-ci vient de parcourir plusieurs milliers de kilomètres, qu’elle a été produite à Almeria (Sud de l’Espagne) par des travailleurs clandestins et que ses congénères sont aussi vendues en Afrique (contribuant ainsi à ruiner l’économie locale. Mais les africains n’en sont plus à ça près. Du coup, ils prennent des bateaux et des leçons de natation sur le tas, pour venir cultiver des tomates). Catastrophe écologique (consommation d’eau, transport des marchandises = pollution), catastrophe économique (agriculture subventionnée, concurrence déloyale avec le continent africain), catastrophe sociale. Et pourquoi cela ? Parce qu’il est dorénavant impossible d’avoir accès à des fruits et légumes locaux de saison, puisque les petits maraîchers etc. ont été progressivement étouffés par la concurrence des grands lobbies agro-alimentaires. Donc, à moins d’être ascète… tu n’as pas beaucoup de choix.

J’en viens à l’amateur de viande : tu es français, tu manges de la viande tous les jours (midi et soir pour le meilleur) et c’est tout à ton honneur : tu es un bon citoyen. La pensée dominante n’a pour toi aucun secret. Mais, tu ne dois pas oublier que, tu manges beaucoup de viande importée. Au cas où tu serais attaché au « made in France », ne te fais aucun soucis : chez nous, les producteurs sont subventionnés, produisent en masse de la bouffe sans saveur, qui ne pourra rester sous plastique que très peu de temps (autrement dit, voué à la poubelle), et qui, en plus de cela, vivent difficilement de leur labeur ! Passons outre les conditions de production. A ce titre, il parait que le petit concerto donné par les porcs dans les couloirs de la mort, vaut le détour.

C’en était ainsi du système d’après la seconde guerre mondiale : on produisait, on consommait, on gaspillait. On a même utilisé la femme pour cela, en lui faisant croire qu’elle serait affranchie de l’homme. Plus de machines à laver, plus de temps libre pour faire du shopping et acheter des vêtements produits en Asie, par des enfants aux doigts de fée. (Ne l’empêchant pas de se grimer au possible, pour le plus grand plaisir…des hommes).

Et c’était la magie du système : personne ne se sentait concerné. Autrement dit : tout le monde pensait qu’il ne pouvait rien faire. C’était la « faute au système ». Encore eut-il fallut se dire qu'il y avait problème quelque part. Ce qui est loin d'être sûr.

L’économie libérale – comme meilleure ambassadrice de la liberté personnelle - étant devenue l’entité régissant le monde, ne demande pas pourquoi les gens ont atteint un niveau d’imbécillité jusqu’à présent inégalé. En ce début de XXIe siècle, la perfection est à portée de main. Or, c’est l’abrutissement qui prime. Les avancées techniques et surtout technologiques ont permis de vivre dans une ère de l’information. Paradoxalement, plus l’homme reçoit d’information, plus il s’abruti. Car encore faut-il que l’information reçue soit d’un quelconque intérêt. Mais, de notre temps, les informations reçues sont surtout des publicités, lesquelles entretiennent et dynamisent une société de consommation qui, comme il a été dit précédemment, s’articule autour du triptyque Production – Consommation – Gaspillage. La dernière notion étant soigneusement camouflée par l’information quotidienne – cette fois-ci, celle des journaux TV, de la presse etc., et des programmes divertissants (qui n’ont d’autres buts que de divertir) – dispensée soit par des intérêts privés, soit par des entités publiques. Les uns et les autres ayant de toute façon intérêt à perpétuer ce système. C’est ainsi que pour la première fois de toute l’histoire, l’humanité régresse. Non pas que les siècles précédents aient connu l’intelligence suprême, mais les découvertes ont toujours contribué à faire avancer le monde.Et aujourd'hui, le monde avance. Mais il court inéxorablement à sa perte.

De nos jours, la moindre découverte s’accompagne irrémédiablement d’une dynamique : celle de savoir comment la commercialiser. Car dire, aujourd’hui, que le commerce n’est pas le seul moyen d’échange possible est en soi une hérésie. Permettre à tous un accès à l’eau potable ? Commercialisons là. Eradiquer la faim dans le monde ? Commercialisons les OGM. Guérir des maladies ? Commercialisons les médicaments, dont les revenus permettront la recherche. Bref, c’est la vieille rengaine, l’intérêt particulier au service de l’intérêt général.

Sauf que,

Ce qui est surtout général, c’est le réchauffement climatique, les tragédies environnementales, les extinctions d’espèces etc. Et c’est précisément ce que nous nous apprêtons à léguer. Or, nous ne pouvons pas dire que nous ne savons pas. C’est précisément pourquoi l’histoire nous portera sur l’échafaud.

C’est ainsi que nos enfants, leurs enfants et les enfants de leurs enfants regarderons dans le rétroviseur et se diront que nous avons appartenu à la civilisation probablement (j’espère pour eux) la plus cupide et  la plus stupide qui ait été. Ils pourront ainsi rétrospectivement remercier les chantres de l’économie libérale, les décideurs politiques qui n’ont rien fait (exemple français actuel : « Grenelle de l’environnement en berne, subvention publique pour le renflouement du secteur automobile) ou qui ont fait mine de ne pouvoir rien faire, tous ceux qui auront contribué à commercialiser le bien commun, au grand damne des plus pauvres, et finalement nous-même qui nous délectons d’un système que nous avons malgré tout légitimé et que nous légitimons malgré tout chaque jour un peu plus. Et ce, alors même que la crise financière mondiale nous a montré la faillite de ce système chancelant. Car la facture de cette faillite – économique, sociale et culturelle – s’ajoutera elle aussi à tous les problèmes auxquels devront faire face les prochaines générations.

Ainsi, les futurs livres d’histoires – s’ils existent encore – verront des têtes de chapitres du genre : « comment une civilisation a ruiné le monde en à peine cinquante ans. »

Félicitons-nous en.

Par alfred ramette
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Dimanche 5 avril 2009 7 05 /04 /Avr /2009 20:27

 

La journée du 04 avril 2009, vue de l'intérieur de la manifestation.

 

   Comme il a été prévu la veille par différents groupes (notamment les anti-capitalistes et les pacifistes), nous décollons vers le point de départ de la manifestation aux alentours de 9h00 : les quelques 10 km à parcourir pour rejoindre ce dernier sont le premier obstacle (et une décision stratégique de la préfecture), d’où le départ matinal. Les différentes délégations ne sont pas encore rassemblées, chacune marchant pour rallier le point de rendez-vous. Le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) ouvre la voix. L’occasion pour les manifestants de répéter les slogans. Alors que nous sommes à quelques centaines de mètres du lieu de départ de la manifestation, première surprise : la police barre l’accès. Il faut rappeler que la manifestation a été organisée conjointement par les services préfectoraux et les représentants du mouvement contre l’Otan (Legal Team). Sûrs de leurs droits à franchir le pont (Celui-ci devait être ouvert à 10h30, il le sera à 12h30) sur lequel attendent les policiers, les délégations s’avancent. Sans aucune semonce, une pluie de bombes lacrymogènes et de grenades assourdissantes s’abat sur nous. La surprise est totale, elle l’est d’autant plus qu’aucun signe belliqueux n’a encore été envoyé à l’adresse des services d’ordres, et pour cause : les « hardlines » (Black Blocks) ne sont pas encore arrivées. Ce sont donc les manifestants les plus modérés qui se font gazer. Les affrontements commencent avec l’arrivée des éléments les plus extrêmes. Ceux-ci ne sont pas armés, ils prennent tout ce qui leur tombe sous la main : pavés, barres de fer, bâtons etc. Pendant plus d’une heure les manifestants attendent pour passer, se faisant copieusement gazer. Enfin, les policiers se retirent avec pour explication officielle « Vous êtes arrivés trop tôt ». J’ai une autre théorie là-dessus, j’y reviendrai.

Nous voilà donc en route pour rejoindre le champ de foire – le lieu de rendez-vous de toutes les délégations. Les esprits déjà bien échauffés s’en prennent aux panneaux d’affichages publicitaires, aux radars, à une station service. Nous sommes en retard. Un passage rapide par le lieu de rendez-vous et nous filons vers le pont de l’Europe, où nous attendent encore plus de policiers. Cette fois, ils sont allemands. C’est là que tout va se « jouer » : Après plus de deux heures de palabres nous ferons demi-tour. Les manifestants allemands ne pourront pas nous rejoindre (estimés à 8000). Entre-temps, une nouvelle barricade a été érigée sur le pont, l’ancien centre douanier est incendié, ainsi qu’une pharmacie, un distributeur bancaire, la poste, le syndicat d’initiative, une chapelle et un hôtel. D’épais nuages de fumées s’élèvent dans le ciel. Les pompiers n’interviennent pas. Quelques nouveaux affrontements ont lieu. Les policiers sur place semblent très perplexes : ils sont moins nombreux que les black Blocks, ces derniers étant organisés et visiblement près à en découdre. Echange de tirs (lacrymogènes et flashball d’un coté, artifices de l’autres). La tension est très palpable, derrière les policiers, divers bâtiments brûlent. Il est alors 14h30.

Tous les manifestants repartent vers le lieu de départ où un nouveau plan semble se dessiner. Cette fois, nous sommes bien plus nombreux, peut-être 20.000 personnes. On décide de prendre une autre direction par laquelle il serait éventuellement possible de manifester pacifiquement. Il est désormais clair que des heurts éclateront chaque fois que le cortège sera bloqué. D’où l’apparente volonté des organisateurs de ne pas s’attarder. Plusieurs camions de CRS traversent le cortège pour rejoindre la zone critique que nous délaissons : très mauvaise idée ! Ces derniers sont pris à parti et caillassés. Ils sortent de leurs camions et gazent à tout-va. Je croise une militante du PCF ensanglantée : celle-ci a reçu une bombe lacrymogène sur le crâne. Il est alors 15h et le cortège se met lentement en marche.

Le tracé ayant, par la force des choses, été revu, les organisateurs semblent vouloir rejoindre l’itinéraire prévu, afin de mener à bien une manifestation pacifiste dont le trajet avait donc été préalablement dessiné.

Mais, nouvelle surprise : les policiers barrent une nouvelle fois la route. La raison invoquée est la sécurité : les pompiers doivent maîtriser l’incendie et sécuriser la rue avant que nous ne l’empruntions. Cette fois, les organisateurs nous donnent les informations et enjoignent les manifestants à prendre patience. Pendant ce temps, un cordon de CRS se met en place à l’arrière du cortège. La situation est calme, jusqu’à ce que – pour une raison indéterminée – les policiers chargent des manifestants ayant pris position sur un pont de chemin de fer. Il est alors 16h40. La situation dégénère et les heurts éclatent de nouveau entre Black Blocks (environ une centaine) et les forces de l’ordre. Les policiers à l’avant du cortège gazent tout le monde sans distinction, ceux situés à l’arrière aussi. Dans la panique les organisateurs nous invitent à prendre une route à droite…que les policiers s’empressent de bloquer et à partir de laquelle ils gazent de nouveau. Nous sommes pris au piège, il n’y a aucune échappatoire et nous nous faisons copieusement arroser de lacrymogène et de grenades assourdissantes. Cela dure environ 30 minutes. Le cortège est disloqué, chacun essayant de trouver refuge. Des manifestants se réfugient dans les cours des habitations, d’autres courent vers la gauche… qui est une impasse. Un autre cordon de sécurité s’avance vers cette impasse et gaze les manifestants qui tentaient de fuir. Dans cette impasse, il y 1500 personnes au bas mot. La situation est devenue incontrôlable. On gaze dans tous les sens, on court dans tous les sens ; les gens paniquent, chutent, se blessent, reçoivent des éclats de grenades etc. Finalement, nous rebroussons encore une fois chemin. Les policiers nous laisserons enfin passer. Il est désormais clair que nous n’aurons pas accès au tracé, encore moins au centre-ville et au quartier où doivent se réunir les acteurs de l’Otan. Il est 17h et la manifestation a capoté…  

J’en reviens maintenant à mon autre théorie sur les barrages policiers. Parmi les manifestants, nul n’est dupe. L’excuse de l’heure trop avancée lors du premier barrage n’était en fait qu’un simple piège dans lequel les Black Blocks ont foncé. Il s’agissait surtout d’échauffer les esprits et de légitimer plus tard répressions, blocages policiers et refus d’accès au trajet prévu. D’autres éléments nous laissent à penser en ce sens. Lorsque les policiers nous bloquent sur le second pont (Pont de l’Europe), ils savent pertinemment qu’un bâtiment désaffecté des douanes se trouve juste là. Ce sera le premier brasier. A cet instant, nous ne savons pas encore que d’autres brasiers sont en cours en contrebas. Pour une raison inconnue, les pompiers laissent brûler et n’interviennent pas. Voici  le témoignage d’une habitante du quartier. Celle-ci prendra le micro un peu plus tard et s’adressera à tous les manifestants, alors que nous sommes encore bloqués, cette fois dans l’attente de l’intervention des pompiers : « Nous n’en revenons pas du temps qu’ont mis les pompiers pour intervenir. Notre pharmacie a aussi brûlé. Je ne sais pas qui a donné les ordres, mais nous avons dû aider le voisinage nous-même. Ce matin, le quartier était entièrement quadrillé et les services de sécurité l’ont abandonné. Le quartier, qui est le quartier le plus pauvre de Strasbourg, a été livré […] ».

Cette riveraine a bien compris la manœuvre : il s’agissait de provoquer les manifestants, tout en sachant que des heurts se dérouleraient (il y en avait déjà eu la veille), pour pouvoir ensuite réprimer et éclater le cortège. Et tout ceci, toujours à quelques kilomètres du centre-ville. D’une efficacité imparable. Toute la France, et le monde entier aura vu Strasbourg brûler et comprendra donc que les services de sécurité aient repris le contrôle, même d’une manière peu orthodoxe.

Et voici donc comment tuer une manifestation dans l’œuf. Dans le jargon, on appelle ça un Contre-feu, c’est-à-dire, allumer un feu intentionnellement dans le but d’en prévenir (ou d’en éteindre) un autre plus important.

Mission réussie. 

Bilan : Si l’on en croit France-Inter, plus de 300 interpellations ont eu lieux et les policiers sont entrés dans le village autogéré ce dimanche midi, dans l’espoir d’interpeller entre 30 et 50 manifestants soupçonnés d’avoir pris part aux affrontements de la veille. Nicolas Sarkozy assure que tout s’est bien passé (en comparaison à d’autres évènements, comme les manifestations londoniennes contre la tenue du G20) et félicite les services d’ordres pour leur « courage ». Les manifestants se sont faits gazer au minimum trois fois dans la journée. Leur liberté d’expression a été bafouée. Plusieurs bâtiments sont détruits. Certains habitants ont dû être relogés. Beaucoup d’interrogations portent sur la non-présence des policiers dans le quartier (ils étaient environ 10.000 à Strasbourg). L'édition du 20h d'Arte (Dimanche Soir) reprend la théorie de la manipulation policière:

"Voilà donc les images qu'il reste aujourd'hui des opposants à l'OTAN. Pourtant hier des milliers de personnes ont manifesté pacifiquement contre l'organisation militaire. C'était peut-être ça la stratégie de la police française et malheureusement, elle semble avoir bien fonctionné." (N. Daiber, P. Schulze-Heil, A. Stahlschmidt, S. Schories).

Par alfred ramette
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Jeudi 2 avril 2009 4 02 /04 /Avr /2009 01:42

   Avec plus de 10% de chômeurs en 2008, selon l’INSEE, alors que la moyenne nationale se situe à un peu plus de 7%, les données chiffrées concernant le Nord-pas-de-Calais font figure d’épouvantail dans une France malheureusement (pour le gouvernement) centralisée. Il en est ainsi de la consommation quotidienne d’alcool à l’âge adulte (Première région de France, selon l’OFDT), ou encore de l’espérance de vie (73,6 ans pour un homme, 81,6 pour une femme, 2005 – INSEE) la plus faible de France, soit plus de trois ans sous la moyenne nationale.

Ce n’est un secret pour personne, la région a subi la crise industrielle de plein fouet : fermeture des mines de charbons (Bassin minier), crise du textile (Roubaix, Tourcoing, Cambrésis), crise de la sidérurgie (Valenciennois) ; soit les trois moteurs d’une région qui fût elle-même de première importance pour l’économie nationale. De l’empire à la décadence : Le chômage ayant des conséquences peu réjouissantes, ne nous en étonnons pas. Ajoutons à cela l’imagerie réelle ou supposée de conditions climatiques peu favorables - cela dépend pour qui : vous vous serez probablement aperçu que sous le soleil, la propension de cons se multipliait – et vous avez grosso modo le cliché du français de base n’étant jamais allé dans la région : une région grise où les conditions sociales sont exécrables. Dany Boon s’en amusera dans son film aux 20 millions d’entrées « bienvenu chez les ch’tis », dans lequel il mettra en scène la vie d’un coron (celui de Bruay-la-Buissière) dans un style très 19e siècle. L’adaptation du film « Germinal » de Claude Berry aura probablement laissé des traces chez le naïf. Justement, les médias : l’affaire d’Outreau aura fini d’embellir cet imaginaire collectif français, avec pour point d’orgue cette banderole, certes peu littéraire, mais on ne peut plus parlante « Pédophiles, Chômeurs, consanguins, bienvenus chez les Ch’tis »  (Finale de la coupe de la ligue 2008).

Alors, cette question :

- Quel politicien mettait en scène le nord de la France, et surtout sa misère, pour asseoir son nouveau concept politique fumant afin de (re)prendre le contrôle de l’opinion ?

Vous l’aurez deviné, il s’agit de Jacques Chirac et de son concept de « Fracture sociale ». Il l’utilise en 1995 lors de la campagne présidentielle et la réutilise en octobre 2003, sentant le vent tourner et ce, avec raison : les élections régionales verront une belle déculottée pour la droite au pouvoir.

- Et où Chirac met en scène sa fracture sociale ?

Chez son désormais grand pote Jean-Louis Borloo, lui-même alors maire de Valenciennes (et président de la communauté d’agglomération). Pour le novice, la ville de Valenciennes est devenue l’archétype de la ville de droite : un centre-ville flambant neuf, où un grand centre commercial a vu le jour, un nouveau tramway, une population conservatrice, aucune salle de concert pour musiques actuelles, mais un joli théâtre (le Phénix) et un musée (des beaux-arts) ; et surtout, une population défavorisée vivant soit dans des quartiers excentrés (La Briquette), soit dans les villes de la communauté d’agglomération (comme Marly, Vieux-Condé, Aulnoy-lez-Valenciennes etc.).

Chirac ne pouvait donc pas illustrer son concept dans la ville même. Ce problème trouvera vite solution en la ville de Beuvrages, plus précisément dans la cité Fénelon. Celle-ci offrait effectivement un cadre idéal avec ses plus de 30% de chômeurs…

Et « Super Menteur », en baroudeur de la politique, en fin stratège de la communication (le terme de « fracture sociale » est en soi une trouvaille digne d’un publicitaire) savait pertinemment que son concept ne prendrait que plus de poids en présentant à la France un exemple concret du fossé qui se creuse. Il a simplement oublié de dire que le fossé en question se creusait surtout entre son électorat et celui plus traditionnellement de gauche. Mais l’important était de faire passer un message et de montrer qu’il prenait le problème à bras-le-corps. Il a donc popularisé un terme et s’est posé en sauveur. Le petit Zébulon n’aura pas fait autre chose en parlant d’ « insécurité ». Et force est de constater que cela fonctionne.

Bref, tout ça pour dire que la région du Nord-pas-de-Calais souffre certes d’une mauvaise image – peut-être moindre depuis le succès du Film de Boon (disons qu’en ce sens, il vaut mieux voir celui-ci, plutôt que ceux de Dumont – que je vous conseille par ailleurs, notamment « La vie de Jésus »), mais que celle-ci a aussi été renforcée par des politiciens avides de communication. 

Et ça, personne n’en a parlé…

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Par alfred ramette
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Mercredi 25 mars 2009 3 25 /03 /Mars /2009 21:34
   Entre masse d'informations quotidiennes, évanescence et alzheimer, il est de plus en plus difficile de se souvenir. Voici par exemple ce qui se passait en France en 2006:

- Des manifestations d'envergures contre le gouvernement:



- l'UMP plagiait des supports très populaires:



- Total annonçait des résultats faramineux:



Des images terribles...
Par alfred ramette
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Mardi 24 mars 2009 2 24 /03 /Mars /2009 18:24

   L’Allemagne a beaucoup à nous apprendre de son système universitaire, et gageons que nos gouvernements s’en inspireront, si tant est que la rue ne s’embrase pas ; ce qui loin d’être sûr. A raison de 1405,44 € l’année, dans l’université on ne peut plus généraliste – et publique – qu’est la Ruhr Universität Bochum (RUB), l’étudiant devient un acteur économique non négligeable. Pour un nombre approchant les 20.000 inscrits, faites le calcul !

Mais l’important n’est pas là : il résulte dans le fait que l’étudiant se trouve au centre d’un gigantesque business, officiel et officieux, dont d’aucun des acteurs – hormis les étudiants, bien entendu – n’ont à se plaindre.

L’étudiant n’est pas simplement ce petit être oisif vivant aux crochets de la société : les années qu’il passera à l’université l’éloigneront d’autant de sa retraite. Et il le sait ; tout comme il sait, ou croit savoir, que les études lui confèreront un « meilleur » emploi. Il est en effet de notoriété publique que l’entreprise se méfie du diplômé (elles préfèrent de loin l’expérience) comme du syndiqué : ceux-ci pourraient avoir des exigences salariales ! Il n’est donc pas dit que le diplôme soit garant d’un métier futur escompté.

Il n’empêche que dans notre système méritocratique « pour tous », il vaut mieux, soit avoir eu bon flair dès le lycée en s’orientant vers des filières prometteuses, soit répondre de diplômes, tous plus symboliques les uns que les autres. Ainsi, et à tord ou à raison, Les universités ne désemplissent pas. De ce constat – et de celui des coûts supportés par l’état providence, on en a appelé à la participation de l’étudiant. L’inscription se déroule de la sorte : chaque semestre, l’étudiant devra y aller de sa cotisation (Studienbeiträge) – 480€ - puis de la cotisation sociale (Sozialbeiträge) – environ 220€. Je ne reviendrais pas sur l’utilité de payer deux fois 480€, tant les services conférés aux étudiants allemands sont analogues à ceux des français, voire pire (notamment pour les questions du nettoyage des bâtiments, salles de classes, les photocopies payantes etc.).

Non, je vais plutôt pointer du doigt cette splendide décision que celle de payer la « cotisation sociale », entrée en vigueur en 2008. Car sous cette sémantique élogieuse, le français ne doit pas se tromper : il ne s’agit en aucun cas de donner de l’argent à la sécu locale ou autre, non, il s’agit de donner de l’argent au Crous (Akafoe – 84 €), au parlement étudiant (Asta - 12 €), celui-là même qui organisait un festival en 2008…déficitaire à hauteur de 200.000 € (on est jamais trop bien gouverné), et enfin 129,02 € à NRW-Ticket. Et c’est là que la décision est intéressante : en contrepartie de transports gratuits dans la région, l’étudiant devra obligatoirement payer cette cotisation. Autant dire que l’étudiant logeant sur le campus, tout comme celui n’étant pas desservi et devant donc se déplacer en voiture, sont amplement satisfaits de la mesure ! Maintenant, calculez ces 20.000 cotisations de 129 € et voyez la manne financière octroyée au réseau bus-métro-train de la région chaque semestre. Combien d’étudiants utilisent ces titres de transports, combien rentabilisent leur cotisation et combien en sont gagnants : difficile à dire, tant les données manquent. Une chose est sûre, la NRW connaît très vraisemblablement les chiffres approximatifs : les contrôles dans les transports en communs sont réguliers. Et nul ne doute que cette cotisation serait revue à la hausse s’il y avait quelconque manque à gagner pour l’entreprise – encore – publique (la Deutsche Bahn – SNCF allemande s’apprête à ouvrir son capital). Ce qui en revient à dire que sous couvert d’écologie – « empruntons les transports en commun » – l’étudiant se retrouve pris en otage.

Et ce n’est pas la seule… prise d’otage.

Les prix d’accessibilités aux cours étant ceux qu’ils sont, bon nombre d’étudiant se doit d’avoir un petit « job étudiant », comme on dit. Ces petits jobs ne sont en général ni gratifiant (vendeur de Hamburger chez McDo), ni correctement rémunérés (vendeur de Hamburger chez McDo). A cela on peut ajouter les cadences et les horaires qui sont peu en phases avec la vite étudiante ; et tout le monde s’en frotte les mains : qu’y a-t-il de mieux qu’un étudiant payant son inscription, venant très peu en cours parce qu’il bosse pour financer sa condition et devant donc se réinscrire pour espérer obtenir son diplôme… 2,3,4 semestres de plus qu’il n’en faut ?

L’université est bien évidemment bénéficiaire, tout comme les employeurs pour lesquels cette main d’œuvre flexible et peu regardante est du pain béni. Et devinez à qui vend-on les hamburger de chez McDo ?

C’est tout de même bien fait, non ?

Mais ce n’est pas terminé, car dans une indulgence teintée de pragmatisme, le système allemand permet à tout étudiant de faire des stages, même si ceux-ci ne sont pas intégrés dans la formation (pendant les vacances ou tout au long de l’année). De ce point de vue, les stages à la sauce française, tout comme ceux à la sauce allemande sont similaires : le stagiaire chanceux trouvera peut-être une stage rémunéré à hauteur de 300€. La capitale de la culture 2010 (Essen) propose par exemple des stages pour la modique somme de 230€. N’oublions pas qu’il s’agit juste de se former, et bien évidemment pas de faire le boulot d’un employé normal, régi lui par un code du travail (avec tout ce que cela comporte en coûts pour l’entreprise) toujours plus affaibli.

Même le centre des impôts se fait une plus-value sur les étudiants via les « Heimbar » (Bar des résidences étudiantes) ! Non content d’avoir étouffé financièrement ceux-ci (à l’origine, chaque résidence avait son bar. Aujourd’hui, il n’en reste que trois pour 18 résidences ! Et le troisième fermera à la fin mai), les taxes toujours plus élevées s’abattent sur cette structures associatives: impôts sur les salaires, imposition sur les ventes et imposition sur les bénéfices. Bien entendu, sans aucune subvention. Mécaniquement donc, les prix des consommations sont revues à la hausse. Et tant pis pour les étudiants, tant pis pour la culture, tant pis pour les échanges (beaucoup d’étudiants sont étrangers), et tant pis pour la vie estudiantine en général (car ces résidences sont plus ou moins distantes de la villes, elles nécessitent donc un transport en commun… qui n’est pas assuré la nuit…).

Bref, l’étudiant est une denrée très précieuse à qui l’on peut simultanément demander de soutenir les facultés, les transports en commun, les centres des impôts et même l’économie (quasi) souterraine ! C’est dire à quel point les gens de droite fustigeant les étudiants devraient revoir leurs copies (puisque que comme nous venons de la voir, l’étudiant peut aussi être bénéfique pour l’économie)…pour ne fustiger que les universités élitistes : celles ou les enfants n’ont en grande majorité pas besoin de jober mais où, à contrario, les coûts pour la société sont incomparablement plus élevés !

Par alfred ramette
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